Les détenus grévistes de la faim seront nourris de force

Détenu

IsraPresse. Crédit photo: Illustration – Crédit photo : Yonatan Sindel/Flash90

La Knesset a voté jeudi matin, en 2e et 3e lecture, la loi permettant aux autorités de forcer les prisonniers en grève de la faim à s’alimenter si leur vie est en danger. A l’issue de la troisième lecture, 46 députés ont approuvé la proposition de loi et 40 parlementaires s’y sont opposés.

La loi, déposée par le ministre de la Sécurité intérieure Guilad Erdan, permet ainsi aux responsables de pénitenciers, après consultation avec le conseiller juridique du gouvernement, de demander au président du tribunal de district de leur juridiction l’autorisation d’octroyer des soins médicaux aux grévistes de la faim, sans leur consentement, si un médecin constate que la grève de la faim menace la santé du détenu ou risque d’entraîner un handicap irréversible.

Si la cour approuve la demande des autorités pénitentiaires, celles-ci pourront octroyer le traitement médical minimal nécessaire pour maintenir le détenu en vie ou empêcher toute atteinte irréversible. Avant de soigner le gréviste de la faim, les responsables devront faire le maximum pour obtenir son consentement. Les soins devront être dispensés en présence d’un médecin, dans un lieu et d’une manière respectant la dignité du prisonnier. Si ce dernier s’oppose au traitement, le surveillant pénitentiaire, à la demande du praticien, pourra faire usage de la force pour imposer les soins minimaux nécessaires.

La loi vise à empêcher les prisonniers de sécurité (en détention administrative) de tenter de faire pression sur le gouvernement et d’éviter le déclenchement de troubles avec les Palestiniens dans le cas d’un décès de prisonnier suite à une grève de la faim, selon des sources impliquées dans le processus législatif citées par le quotidien Haaretz.

Au cours des dernières années, plusieurs prisonniers palestiniens ont mené des grèves de la faim pour dénoncer leurs conditions d’emprisonnement dans les geôles israéliennes. Une campagne locale et internationale a même été organisée en solidarité avec eux, notamment dans le cas du détenu Samer Tariq Issawi.

En juin, la proposition de loi avait entraîné des débats houleux dans l’hémicycle. Le député arabe Taleb Abou Arar (Liste arabe unifiée) avait affirmé que les médecins israéliens qui nourriraient de force les prisonniers palestiniens grévistes de la faim seraient la cible de représailles, lors d’un débat à la commission parlementaire de contrôle d’État.

Abou Arar avait déclaré qu’il était « question de danger pour les médecins – pas seulement éthique – mais concernant leur vie. Le gouvernement devra les protéger et renforcer la sécurité autour de chacun d’entre eux. Nous savons tous que cette loi est anti-constitutionnelle et anti-démocratique », avait-il martelé.

Le parti d’opposition Liste arabe unie a de son côté condamné cette décision, affirmant que « la Knesset a approuvé une loi qui légalise la torture des prisonniers palestiniens ». « L’objectif de la loi est d’affaiblir leur lutte légitime sous couvert de ‘prévenir les dommages causés par les grèves de la faim’. Il s’agit d’une loi qui permet une intervention invasive et cruelle sur le corps d’un autre être humain », ont poursuivi les représentants du parti.

La Liste arabe unie a déploré la décision du gouvernement d’ignorer la position de l’Association médicale israélienne, qui a explicitement déclaré que nourrir de force un patient en grève de la faim comporte certains risques pour sa santé. « Nourrir de force constitue une violation grave des droits de l’homme et du droit d’une personne de faire ce qu’elle veut de son corps », a déclaré la liste commune. « Les groupes internationaux des droits de l’homme et les organisations de la santé ont pris une position basée sur l’éthique, la morale et la science. Cette loi demande aux médecins de violer leur serment vieux de plusieurs siècles ».

Le Dr Leonid Eidelman, président de l’Association médicale israélienne, a en effet déclaré que les médecins sont « opposés et continuent à s’opposer à la loi qui permet l’alimentation des terroristes par la force. Au cours des dernières années, nous avons organisé de nombreux débats à la Knesset et avec le gouvernement. Nous avons été clairs concernant notre position. Il s’agit d’une loi qui entâche le Code légal de l’Etat d’Israël ». Le Dr Eidelman a ajouté que « les médecins d’Israël ont toujours agi et continueront à agir selon les lignes directrices de l’éthique médicale, qui interdisent aux médecins de prendre part à des tortures. La loi revient à commettre des actes de torture ».

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Sarah Lalou Lessing, YA et EL

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