Yom Yeroushalayim : entre réunification et divisions

Célébration de Yom Yeroushalayim au Kotel – Mur occidental – dans la Vieille Ville de Jérusalem. Crédit photo: Serge Attal / Flash 90

Israël marque dimanche le 48ème anniversaire de la libération de Jérusalem, selon le calendrier hébraïque. Comme chaque année, depuis la Colline des Munitions à Jérusalem, le Premier ministre Binyamin Netanyahou déclarera dans son discours que Jérusalem est la capitale éternelle d’Israël et qu’elle ne sera plus jamais divisée.

Une préoccupation qui remonte à 1004 avant l’ère commune, lorsque, selon la Bible, le roi David fait de la ville sa capitale.

A la suite de la destruction du premier Temple, les exilés à Babylone portent leur regard vers Sion, autre nom de la ville sainte et récitent la formule devenue emblématique « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie ».

Devenue ville sainte pour les trois religions monothéistes, Jérusalem redevient sous contrôle israélien en 1967; mais est-elle vraiment réunifiée ?

Le chef d’Etat-major Yitzhak Rabin à l’entrée de la Vieille Ville de Jérusalem pendant la Guerre des Six Jours, avec Moshe Dayan et Uzi Narkiss. Crédit photo: Wikipédia

L’Etat d’Israël né en 1948 n’a pas donné le droit aux Juifs de renouer avec la Vieille Ville de Jérusalem, le Kotel – Mur occidental – et le mont du Temple, pourtant piliers du Judaïsme. Ce n’est que le 28 du mois hébraïque de Iyar (7 juin 1967), cette année célébré le 17 mai, que Jérusalem a été réunifiée. Le ministre de la Défense de l’époque, Moshé Dayan, avait déclaré depuis le Mur occidental : « Les forces de Tsahal ont libéré Jérusalem. Nous avons unifié Jérusalem, la capitale divisée d’Israël. Nous sommes revenus sur le plus saint de nos lieux saints pour ne jamais les quitter ». Depuis, une politique de réunification et d’unité a été conduite par le gouvernement et la mairie de Jérusalem. Pourtant, malgré les nombreux efforts pour unifier la ville sainte, beaucoup de disparités semblent exister aujourd’hui-même entre ces deux parties de Jérusalem.

Le gouvernement israélien qui s’installe dans la partie orientale de la ville dès la fin de la guerre, promulgue en 1980 une loi fondamentale décidant de l’annexion de toute la ville en la rendant « capitale unifiée » malgré les protestations de la communauté internationale. Les Palestiniens  réclament la partie orientale de la ville pour en faire la capitale de leur futur Etat.

La partie de la ville conquise en 1967 compte en 2015 une population de près de 500.000 habitants, dont 300.000 arabes et 200.000 juifs répartis dans les 12 quartiers construits depuis 1967 par Israël.

Le tramway, mis en service depuis septembre 2011, traverse plusieurs quartiers arabes et a énormément contribué à leur intégration. Parmi les 23 stations qu’il dessert, le tramway passe notamment par les quartiers arabes de Beit Hanina et Shouafat. Ces stations restent pourtant le théâtre de violences répétées contre les civils, gardes-frontières ou policiers israéliens. Jets de pierres, stations incendiées, et attentats sont récurrents.

Le 6 mars dernier, plusieurs tombes du cimetière juif du mont des Oliviers à l’est de Jérusalem, ont de nouveau été profanées, renversées, et enflammées (un phénomène quasi hebdomadaire), quelques heures à peine après qu’un Palestinien a blessé cinq personnes dans un attentat à la voiture bélier. Le chef de la police Yohanan Danino a souligné la multiplication ces deux derniers mois des attentats à l’arme blanche et à la voiture bélier, blessant et tuant des civils et des membres des forces de l’ordre. L’ancien ministre de la Sécurité intérieure Yitzhak Aharonovitz a de son côté prévenu avec un pessimisme non caché les risques d’augmentation d’attaques de ce genre.

Un Juif orthodoxe priant au cimetière du mont des Oliviers, depuis lequel on aperçoit la Vieille Ville de Jérusalem et le mont du Temple. Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90

Les sites sacrés exacerbent d’autant plus ces disparités. Le mont du Temple par exemple, qui surplombe le Mur occidental, représente le lieu le plus saint du judaïsme, et le troisième de l’Islam sunnite après La Mecque et Médine. Les termes du traité de paix israélo-jordanien ont offert à Amman le droit de conserver le rôle d’administrateur, à la police israélienne celui de contrôler l’accès au site, et à la « Mourabitoun » ou garde palestinienne l’opportunité de rester stationnée à proximité des mosquées. Ce statu quo permet à environ 30.000 fidèles musulmans d’entrer sur le lieu et de prier quotidiennement à la mosquée al-Aqsa, selon le porte-parole de la police israélienne Micky Rosenfeld. Les Juifs n’ont par contre accès au site saint qu’à certaines heures, sous stricte surveillance, et sans avoir le droit de prier.

Un sondage publié la semaine dernière montre qu’une majorité de Juifs israéliens sont favorables au droit de prier sur place, malgré cette politique de deux poids deux mesures. La Cour suprême a, dans un arrêt sans précédent, permis début mars aux Juifs de prier sur le Mont du Temple. Une décision au goût de victoire pour le rabbin Yehuda Glick, fervent militant de la présence juive sur le lieu saint. Très médiatisé depuis qu’il a fait l’objet d’une tentative d’assassinat le 30 octobre 2014, il avait intenté une action contre la police israélienne qui lui interdisait l’accès au mont du Temple pendant deux ans.

Le maire de Jérusalem Nir Barkat, au sommet de la tour de David dans la Vieille Ville. Crédit photo: Parush/Flash90

Les élections municipales font même l’objet de boycott de la part des habitants palestiniens de Jérusalem. Lors des élections de 2013, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a appelé à boycotter le vote. Seuls 1,8%,des Arabes de Jérusalem-est ont voté, contre 60% dans les quartiers juifs de la ville.

Yom Yeroushalayim cristallise chaque année les tensions. La Haute Cour a rejeté la semaine dernière la demande de deux organisations non gouvernementales qui tentaient d’empêcher la Marche célébrant la victoire israélienne à travers le quartier musulman de la Vieille Ville. La Ville d’or brille de mille éclats, mais certaines zones restent encore ombragées, avec des différences flagrantes entre son quartier ouest juif et son côté est arabe, pourtant tous deux sous le contrôle d’Israël.

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Sarah Lalou Lessing

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