Dans l’intimité de la folie nazie

Article écrit pour le Jerusalem Post – Edition française

Publié dans l’édition du 25 juin 2014

Un roman unique qui témoigne de l’empreinte du nazisme dans l’Allemagne des années 1930, et dénonce en finesse la folie qui gagne toute une nation.

Sarah Lalou

Suzanne Moder, nommée Suzon, a dix-neuf ans. Comme toutes les jeunes filles, elle est en quête d’identité et cherche sa place dans cette société allemande qui se laisse modeler par l’idéologie hitlérienne. Dans un style simple, presque candide, sur le mode du journal intime, Après minuit d’Irmgard Keun offre une description précise du peuple allemand qui bascule dans la barbarie. La préface d’Eric-Emmanuel Schmitt ne fait qu’ajouter à la force de ce roman qui a le courage de dénoncer avec clairvoyance les prémices du cauchemar nazi.

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Article publié, Jerusalem Post

L’auteur s’emploie, subtilement, à donner des éléments de réponse à l’éternelle question : comment un peuple civilisé a pu glisser et s’embourber dans l’inhumanité. L’explication est ici des plus élémentaires : la bêtise humaine. « Lire est pour eux un grand effort et un ennui. Je parierais n’importe quoi qu’ils n’ont pas encore lu Mein Kampf d’un bout à l’autre ; moi non plus d’ailleurs. Mais ils l’ont acheté, ils y ont même jeté un coup d’œil de temps en temps et se figurent qu’ils l’ont lu », remarque Suzon. Ou comment la politique raciste vient empoisonner la sphère publique dans ses moindres recoins.

Le regard ironique de l’héroïne dépeint cette machine nazie qui broie les esprits jusque dans les rues, les brasseries, et la nuit sombre de Francfort. « Des centaines de milliers d’Allemands ont ainsi lu Goethe et Nietzsche et d’autres poètes, d’autres philosophes, sans les avoir jamais lus. Notre Führer a en cela quelque chose de commun avec Goethe », sourit-elle avec une distance salvatrice.

L’antisémitisme ambiant et les dénonciations permettent à cette époque de survivre «sous le signe du mouchard». Grâce à une succession de portraits et d’anecdotes de la vie quotidienne, Suzon décrit l’uniformisation du mal et la contamination d’une nation. Par petites touches, l’héroïne offre une fresque sociétale extraordinaire. C’est pourtant avec une gêne floue et une angoisse glacée que se lit ce roman, dont le reflet xénophobe reste très actuel. Le monologue de Suzon analyse en effet l’absurdité d’une société qui n’est pas sans rappeler celle de la France d’aujourd’hui. Ou comment la bête immonde refait surface, grâce à la même ignorance.

La collection Vintage de Belfond dépoussière avec énergie cet ouvrage précieux, écrit en 1936 et publié en 1937, en plein cœur de la montée nazie. Un témoignage sur le basculement d’une nation et son point de non-retour dans les années charnières qui précèdent la Seconde Guerre mondiale.

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Après minuit, Irmgard Keun, éditions Belfond Vintage, Littérature étrangère, mai 2014

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